- Introduction
- Pourquoi les activités économiques sont vulnérables aux fortes chaleurs ?
- S’adapter en s’appuyant sur les écosystèmes
- Comment le vivant peut limiter les effets de la chaleur ?
- Des bénéfices possibles pour la biodiversité
- Les leviers d’action pour les organisations et les territoires
- Faire de la biodiversité un levier d’adaptation
Introduction
Le changement climatique modifie déjà les conditions dans lesquelles évoluent les territoires, les populations et les activités économiques. Hausse des températures, épisodes de fortes chaleurs, sécheresses, pluies intenses et tensions sur la ressource en eau exposent progressivement l’ensemble des acteurs à de nouveaux risques.
Face à ces évolutions, l’adaptation au changement climatique devient un enjeu majeur. Elle vise à anticiper les effets du climat futur, à réduire les vulnérabilités et à renforcer la capacité des territoires, des organisations et des écosystèmes à faire face à ces perturbations.
Parmi les réponses possibles, les solutions fondées sur la nature occupent une place croissante. Elles consistent à protéger, restaurer ou gérer durablement les écosystèmes afin de répondre à des enjeux de société, tout en produisant des bénéfices pour la biodiversité et le bien-être humain.
La restauration des sols, la préservation des arbres et des habitats, la désimperméabilisation des surfaces, la gestion écologique de l’eau ou encore la diversification de la végétation peuvent ainsi contribuer à limiter certains effets des fortes chaleurs, des sécheresses ou des pluies intenses.
Ces solutions ne reposent pas uniquement sur la présence de végétation. Leur efficacité dépend du bon fonctionnement des écosystèmes, de leur état écologique, de leur adéquation avec les caractéristiques du territoire et de leur capacité à résister aux conditions climatiques futures.
La biodiversité joue ainsi un double rôle. Elle soutient les fonctions écologiques qui favorisent l’adaptation au changement climatique et peut, en retour, bénéficier des actions de préservation et de restauration mises en œuvre.
Pourquoi les activités économiques sont vulnérables aux fortes chaleurs ?
Les épisodes de chaleur extrême peuvent affecter les conditions de travail, les équipements, les infrastructures, les ressources naturelles et l’organisation des activités.
Les secteurs dans lesquels le travail extérieur occupe une place importante, comme la construction, l’agriculture, la logistique ou certaines activités industrielles, sont particulièrement exposés. D’autres activités peuvent également être affectées par la surchauffe des bâtiments, la dégradation des conditions de transport, les tensions sur les ressources en eau et en énergie ou les difficultés rencontrées par leurs fournisseurs.
Les conséquences économiques sont déjà observables. Lors des vagues de chaleur européennes d’août 2003, de juillet 2010 et de juillet 2015, la productivité mensuelle du travail a diminué en moyenne de 3 à 3,5 % dans le sud de l’Europe. Les pertes ont atteint 8 à 9 % à Chypre lors des épisodes de 2003 et 2010, ainsi qu’en Italie en 2015, selon les données reprises par le GIEC.
La vulnérabilité d’une organisation dépend donc de ses activités, de ses ressources, de ses infrastructures, de sa chaîne de valeur et des territoires dont elle dépend.
Les caractéristiques des territoires jouent également un rôle important. Les surfaces fortement minéralisées absorbent une partie du rayonnement solaire et restituent progressivement la chaleur. L’absence d’ombre augmente l’exposition des personnes, des bâtiments et des équipements. Les sols imperméabilisés limitent l’infiltration de l’eau et rendent plus difficile le maintien d’une végétation fonctionnelle pendant les périodes de chaleur.
Ces facteurs peuvent être observés dans de nombreux contextes, qu’il s’agisse des zones urbaines, des espaces publics, des zones d’activité, des infrastructures de transport, des sites industriels ou des espaces agricoles.
L’adaptation ne consiste donc pas uniquement à refroidir des bâtiments. Elle suppose aussi de repenser l’aménagement des territoires, le fonctionnement des sols, la place de la végétation et la gestion de l’eau.
S'adapter en s'appuyant sur les écosystèmes
Les solutions fondées sur la nature peuvent contribuer à l’adaptation au changement climatique en mobilisant les fonctions assurées par les écosystèmes.
Elles peuvent être mises en œuvre à différentes échelles, depuis un bâtiment ou une parcelle jusqu’à une zone d’activité, un bassin versant, un territoire agricole ou un espace urbain.
Parmi ces approches, l’adaptation fondée sur les écosystèmes consiste à protéger, restaurer ou gérer durablement les écosystèmes afin de réduire la vulnérabilité des populations et des activités face aux effets du changement climatique.
Elle peut s’appuyer sur la préservation des arbres et des habitats, la restauration des sols, la création de zones d’infiltration, la gestion écologique de l’eau, la restauration des zones humides, la diversification de la végétation ou l’amélioration des continuités écologiques.
Selon le contexte, elle peut aussi intégrer des toitures végétalisées, des haies, des noues, des couverts végétaux ou des espaces de pleine terre.
Le GIEC considère que les arbres d’alignement, les forêts urbaines, les espaces verts, les toitures végétalisées et certains milieux aquatiques peuvent contribuer au rafraîchissement local. Il conclut également que les solutions fondées sur la nature disposent de preuves solides de leur efficacité pour réduire la chaleur et les épisodes de chaleur extrême dans les espaces urbains.
Comment le vivant peut limiter les effets de la chaleur ?
Les végétaux interviennent principalement par deux mécanismes : l’ombrage et l’évapotranspiration.
L’ombre réduit le rayonnement solaire reçu par les personnes, les sols, les bâtiments, les véhicules et les équipements. Elle peut ainsi limiter l’échauffement des surfaces et améliorer le confort thermique dans les espaces exposés.
L’évapotranspiration correspond au transfert d’eau des sols et des végétaux vers l’atmosphère. Ce processus consomme de l’énergie et contribue au rafraîchissement de l’air. Son efficacité dépend toutefois de la disponibilité en eau, de l’état de la végétation, du climat et des caractéristiques des espèces.
Le GIEC identifie l’ombre et l’évapotranspiration comme les deux principaux mécanismes de rafraîchissement produits par la végétation. Il souligne également que la densité du couvert végétal et la proportion de canopée[1] par rapport aux surfaces bâties ou minéralisées influencent les résultats.
Une méta-analyse publiée en 2024 permet de mieux comprendre cette variabilité. Elle rassemble 182 études réalisées dans 110 villes ou régions et couvrant 17 types de climats. Les auteurs montrent que l’efficacité du rafraîchissement dépend des caractéristiques des arbres, de la configuration des espaces et du climat local.
Dans les situations les plus favorables recensées, les arbres ont permis de réduire la température de l’air au niveau des piétons jusqu’à 12 degrés Celsius. Cette valeur maximale a été observée dans un contexte tropical précis. Elle ne constitue donc pas un résultat reproductible dans tous les territoires.
Dans les climats tempérés, les variations observées s’étendent d’une diminution pouvant atteindre 6 degrés Celsius et une hausse pouvant atteindre 1,5 degré Celsius. Un léger réchauffement peut notamment apparaître lorsque la végétation limite la circulation de l’air ou retient la chaleur pendant la nuit.
Ces résultats montrent que planter des arbres ne suffit pas.
Il faut déterminer où l’ombre est réellement nécessaire, quelles espèces seront capables de résister aux conditions climatiques actuelles et futures, quelle place sera disponible pour leurs racines et comment préserver une disponibilité suffisante en eau dans les sols.
Le choix des solutions et leur adaptation au territoire comptent autant que le nombre d’arbres plantés.
[1] La canopée correspond à la partie supérieure des arbres formée par leurs cimes. En milieu urbain, la proportion de canopée désigne la part du sol couverte par la projection des couronnes des arbres.
Des bénéfices possibles pour la biodiversité
Les projets d’adaptation fondés sur les écosystèmes peuvent contribuer à restaurer les sols, diversifier la végétation, créer des habitats et améliorer les continuités écologiques.
Une revue scientifique publiée en 2022 a étudié 109 interventions d’adaptation fondées sur la nature à partir de 33 indicateurs de santé des écosystèmes.
Parmi les interventions pour lesquelles un résultat positif sur l’adaptation avait été observé, 88 % présentaient également un bénéfice pour la santé des écosystèmes. Elles étaient aussi associées à une augmentation moyenne de 67 % de la richesse en espèces végétales ou animales.
Ces résultats montrent que des solutions fondées sur la nature peuvent générer des co-bénéfices pour la biodiversité. Ils ne permettent cependant pas d’affirmer que toute action d’adaptation produit automatiquement un gain écologique.
Les auteurs ont également constaté que 72 % des interventions analysées étaient associées à une amélioration de la santé des écosystèmes. Cette proportion tombait à 51 % lorsqu’ils ne retenaient que les études reposant sur les méthodes scientifiques les plus robustes.
La manière d’évaluer la biodiversité constitue toutefois une limite importante.
La moitié des interventions étudiées ne fournissait des informations que sur les plantes. Par ailleurs, 57 % des résultats ne permettaient pas de distinguer clairement les espèces indigènes des espèces non indigènes[2]. Des dimensions essentielles, comme la diversité génétique, la diversité fonctionnelle ou la connectivité des habitats étaient rarement prises en compte.
Une augmentation de la couverture végétale ne signifie donc pas nécessairement que l’écosystème est plus diversifié ou plus résilient.
L’objectif ne doit pas être simplement de rendre un espace plus vert. Il doit être de restaurer des fonctions écologiques utiles à l’adaptation tout en améliorant réellement les conditions d’accueil du vivant.
Cette approche rejoint la notion de services écosystémiques. Les fonctions assurées par les sols, la végétation et l’eau procurent des bénéfices pour les activités humaines, à condition de préserver les écosystèmes dont elles dépendent.
[2] Espèces indigènes : espèces naturellement présentes dans une région, sans intervention humaine. Les espèces non indigènes (ou exotiques) ont été introduites, volontairement ou non, en dehors de leur aire de répartition naturelle.
Les leviers d’action pour les organisations et les territoires
Les actions à mettre en place dépendent des risques climatiques, du territoire, des activités concernées, des usages et de l’état initial des écosystèmes.
Une zone urbaine, un espace agricole, une infrastructure de transport, une zone industrielle ou un bassin versant ne présentent pas les mêmes contraintes. Plusieurs solutions fondées sur la nature peuvent néanmoins contribuer à l’adaptation au changement climatique tout en préservant ou en restaurant la biodiversité.
Les exemples ci-dessous illustrent différentes solutions fondées sur la nature pouvant être mobilisées selon les situations rencontrées. Ils ne sont pas exhaustifs mais montrent comment une même action peut répondre simultanément à un enjeu d’adaptation au changement climatique et de préservation de la biodiversité.
Selon les situations, ces solutions peuvent être mises en œuvre seules ou en complément d’aménagements plus traditionnels. Elles viennent renforcer la résilience des territoires sans se substituer systématiquement aux autres mesures d’adaptation.
La priorité consiste à préserver les écosystèmes déjà fonctionnels.
Un arbre mature, une haie ancienne, une zone humide ou un sol fonctionnel assurent déjà plusieurs fonctions utiles à l’adaptation. Leur destruction ne peut être compensée immédiatement par de nouveaux aménagements.
La restauration peut ensuite porter sur les milieux dégradés. La création de nouveaux aménagements intervient lorsque la protection et la restauration de l’existant ne suffisent pas.
L’efficacité d’une solution fondée sur la nature dépend enfin de son adaptation au contexte local. Elle doit répondre à un risque climatique clairement identifié, améliorer le fonctionnement écologique des milieux et rester viable dans les conditions climatiques futures.
Faire de la biodiversité un levier d’adaptation
Les solutions fondées sur la nature montrent que l’adaptation au changement climatique et la préservation de la biodiversité peuvent être pensées conjointement plutôt que comme deux enjeux distincts. En restaurant les sols, en protégeant les arbres et les habitats, en améliorant la gestion de l’eau ou en renforçant les continuités écologiques, elles contribuent à réduire certaines vulnérabilités climatiques tout en améliorant les conditions d’accueil de la biodiversité.
Ces bénéfices ne sont toutefois pas systématiques. Ils supposent d’identifier les risques climatiques, de préserver en priorité les écosystèmes déjà fonctionnels et de concevoir des actions adaptées au contexte local et aux conditions climatiques futures. Les solutions fondées sur la nature ne constituent pas une réponse universelle, mais un levier complémentaire dont l’efficacité dépend de la qualité de leur conception et de leur mise en œuvre.
Pour les entreprises, l’enjeu est d’intégrer progressivement ces solutions dans leur stratégie d’adaptation, en tenant compte de leurs activités, de leurs infrastructures, de leur chaîne de valeur et des territoires dont elles dépendent.
Face à l’intensification des effets du changement climatique, préserver la biodiversité ne relève plus uniquement d’un objectif environnemental. Il s’agit également de préserver les fonctions écologiques dont dépend la résilience des territoires, des infrastructures et des activités économiques.
MF Advising accompagne les organisations dans l’identification de leurs vulnérabilités climatiques, l’analyse de leurs dépendances à la biodiversité et la définition de stratégies d’adaptation fondées sur des bases scientifiques et adaptées à leur contexte.
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